Au coeur de l'action (vacances)

C'est maintenant qu'elles sont bientôt terminées (+ quelques semaines de retard pour publier) que je vais tenter de vous retranscrire nos vacances.


Quand on parlait du programme, deux groupes se sont naturellement formés : ceux qui voulaient partir en avion à Bali pour profiter au plus vite de ses plages paradisiaques aux milles et une activités, et ceux qui voulaient s'engouffrer dans l'alléchante galère d'un road trip traversant toute l'île de Java jusqu'à Bali. Pourquoi se dorer au soleil après une bonne matinée de plongée quand on peut expérimenter plus de 30h de transport en train, transport ressemblant étrangement à un seisme de niveau 7... Laissez moi donc vous conter l'aventure que Rohan, Adrien, Nicolas et moi-même avons vécue, laissez moi vous décrire ce que cela fait ressentir d'être "au cœur de l'action"

Samedi 2 mars. 13h.
C'est la fin du spectacle, les adieux se sont faits au milieu d'une centaine de remerciements, il faut quitter les enfants et la merveilleuse équipe de KDM. Tout 3francs6sous se dirige vers l'auberge de jeunesse réservée par l'équipe Bali, qui prend l'avion le lendemain. Ça pose les sacs, ça joue au fléchette, au billiard. - plutôt très mal d'ailleurs. Mathieu et moi-même mettons ce qu'on appellera une piquette monumentale au baby foot à Nathalie et Nicolas, bien trop arrogants dans leur soit disant victoire déjà acquise. Vous allez dire que ce n'est qu'un détail, mais certains détails sont importants. En tout cas l'ambiance est festive, et après 2-3 bières les esprits s'échauffent. Un groupe pratiquant l'éloquence de niveau 27 persuadent les plus récalcitrants à venir jouer (de la musique ? Est ce qu'on peut appeler ça de la musique ?) sur la place la plus touristique de Jakarta. On s'engouffre dans la foule, et après avoir demander à des policiers plutôt pas trop chauds mais "ok vas y deux trois chansons", on commence à jouer. On sent la rouille du mois sans jouerie publique, les instruments grincent, le répertoire Farigoule est difficilement ramené dans les mémoires. Même si c'est douloureux, notre prestation fait son petit effet. Les gens sont très étonnés de voir des blancs jouer dans une formation musicale inhabituelle en Indonésie , et nous on est heureux. Les mêmes policiers que ceux qui ne voulaient pas trop qu'on joue viennent nous demander de jouer sur les escaliers centraux. Ha ! Ce qu'ils ne savent pas, c'est que 3francs6sous est une princesse, et une princesse ça se traite correctement. On reste au même endroit, sûrement par flemme.
Mais trêve de bardinerie, il est temps pour Rohan Nicolas et moi même de prendre le train pour Yogjakarta, la ville aux cent milles hippies. Adrien nous y rejoindra une fois la journée passée avec sa tendre Mathilde.

Samedi 2 mars. 21h30.
On arrive à la station de train. Un agent tente de me demander mon passeport, mais le trajet en taxi m'a fait soudainement réaliser qu'on quittait KDM pour de bon, et je pleure beaucoup trop pour communiquer avec l'extérieur. Il abandonne, sûrement effrayé par la quantité de morve qui s'écoule de mon nez. On monte dans le train. S'il est vrai que la classe executive (premiere classe) est confortable, il n'a jamais été démontré qu'on pouvait y dormir bien. Si vous croisez Rohan qui tente de vous convaincre du contraire, méfiez vous.

Dimanche 4 mars. 4h.
Le ballotement incessant du train rend inefficace toute tentative de dodo. Rohan roupille comme un enfant. Je décide de me lever pour jouer à "tiens c'est fou ce que ça défile vite" entre les wagons, où on peut apercevoir de la jonction le sol. Vers 5h la lumière du jour apparaît, et la beauté des paysages à la fenêtre fait disparaître toute trace de fatigue. Bientôt, Yogjakarta la belle est là.

Dimanche 4 mars. 6h.
Une fois descendus du train, on rejoint l'auberge où on espère se reposer un peu. Bien sûr, à cette heure là il n'y a personne à la réception. On aimerait aller chercher de quoi manger, mais mon transit m'ordonne de rester assise sous peine de faiblesse. On attend. Un jeune homme tout rigolo et visiblement mal réveillé finit par nous faire entrer, me propose de m'allonger sur une couchette dans la petite cour dehors. Je m'effondre.
Bilan de la nuit : 4 heures de sommeil.

Dimanche 4 mars. 10h.
On part pour Taman Sari, un des palais du sultan de Yogjakarta, dynastie encore au pouvoir actuellement. On est accompagnés d'Azylis et Clément, deux voyageurs français qu'on a rencontré à l'auberge. On décide de ne pas prendre de guide, alors en trois secondes on se retrouve avec un guide. "Don't worry, it's free". Il nous raconte mille anecdotes sur le sultan d'époque et ses 23 femmes. Les habitations sont construites de façon à ce que de ses appartements, le sultan puisse zieuter la piscine de ses femmes. De là haut, il y jetait une fleur, et les femmes, toujours encouragées dans la camaraderie par nos sociétés, se battaient pour l'obtenir. Celle qui y parvenait remportait le privilège ultime, celui d'aller se baigner avec le sultan car c'était sûrement un jeune homme très beau, très rigolo et très attentionné car sinon pourquoi tout le monde voudrait aller se baigner avec lui ? Qu'il est beau d'écouter ces histoires, où les relations entre hommes et femmes ne sont pas régies par des enjeux de pouvoir totalement arbitraires. Mais notre guide ne nous raconte pas que ça, il y a aussi le fruit dont le jus peut servir de vernis à ongle, la mosquée sous terraine et le café caca qui sort des fesses du civet. Nicolas est très intrigué.

Atelier manucure

Atelier manucure


Dimanche 4 mars. 13h.
Affamés par nos déambulations touristiques, on décide d'aller manger. Clément, notre nouveau copain, veut aller dans un certain restaurant, mais en demandant notre chemin, on tombe sur un conducteur de tuk tuk qui nous explique que notre plan est pourri. Alors il nous amène dans l'endroit bien pour manger. Et c'est vrai qu'il était bien cet endroit pour manger ! Après ça, on veut aller au marché aux batiks, tissus traditionnels de Java. On retombe sur le conducteur de tuk tuk qui nous explique à nouveau que notre plan est pourri. Alors on le suit dans les petites rues, amusés par la spontanéité des indonésiens, peut être les gens les plus gentils au monde.

Dimanche 4 mars. 18h.
Après avoir profité du charme de Jogja (le petit surnom de Yogjakarta) on rentre à l'auberge décider de ce qu'on fait demain. Deux spots de temple à visiter, vingt mille options possibles. Après 45 min de réflexion intense, on choisit de sacrifier tout besoin de sommeil au nom de la quête de l'aventure. Le running gag "au cœur de l'action" n'est pas encore prononcé, mais c'est pour bientôt. Le soir on mange dans un mega restau végé de la mort qui tue. Qu'il est doux d'avoir plus d'un choix au menu !

Lundi 5 mars. 3h30.
Le réveil ne fait pas encore trop mal. Adrien nous a rejoint dans la nuit. On part à 4h faire le lever du soleil sur Borobudur, un des plus grands temples hiddous du monde. Là, j'aurais vraiment du mal à vous expliquer, alors je vais laisser les photos parler.
Bilan de la nuit : 4h de sommeil


Lundi 5 mars. 14h.
Après un retour à l'auberge. On part faire le coucher de soleil sur Prambanan.

Je pense sincèrement, sans exagérer ou mentir, qu'on a passé plus de temps à manger qu'à dormir. C'était tellement bien.

Signé : Eve-line

Prambanan

Après un retour à l'auberge pour se reposer, on repart en fin d'après-midi pour aller visiter Prambanan, un ensemble de temples hindous, et assister au coucher du soleil sur Prambanan. Arrivé sur place, le soleil est déjà bas, on se dépêche de faire le tour du parc pour voir les quelques petits temples secondaires. On ne croise presque personne. Le soleil n'a pas encore disparu et on entame la visite de Prambanan. On se balade dans les différents temples dédiés à Vishnu, Shiva, Brama et ceux de leurs montures. Après la fermeture du site historique, on assiste au coucher du soleil sur les temples depuis la pelouse adjacente. La lumière est magnifique et met parfaitement en valeur l'architecture de ces constructions. Plus personne à portée de vue, la possibilité d'être enfermé dans le parc nous traverse alors l'esprit. Il n'y a plus aucun garde mais une porte est encore ouverte. Après le godjek nous ramenant à l'auberge, deux choix s'offrent à nous pour le dîner, soit des gudegs, un plat local, soit un restaurant français qui permettrait de rassasier les envies de fromages d'Eve-Line. Notre côté aventurier prend le dessus, cependant ce n'était clairement pas le meilleur resto indonésien de notre voyage, la vie d'aventurier est faite de hauts et de bas !

Coucher de soleil sur Prambanan

Coucher de soleil sur Prambanan

Au cœur du Bromo - Malang

Aujourd'hui grasse mat ! Réveil vers 6h30. Notre train pour Malang est à 7h43, on arrive à la gare à 7h42, on est large. A ce moment tout va très vite, contrôle des passeports pendant que l'agent de sécurité imprime nos billets sur les automates puis ouverture des portes du train spécialement pour nous. Encore un exemple de gentillesse des javanais face à quatres boulays* complètement perdus. Comme promis le trajet nous montre plein de paysages magnifiques essentiellement agricoles (beaucoup de rizières). Arrivée vers 16h, notre auberge est une construction en bambou sur le toit d'un hôtel, ce qui permet de prendre une douche tout en profitant d'une vue en hauteur sur le quartier avoisinant et c'est plutôt cool. A deux pas de l'auberge on trouve un petit resto familiale proposant des nasis pecel pour 8 000 Rp (soit 50 centimes), il s'agit de riz avec des légumes et une sauce à l'arachide. C'est sûrement le resto le moins cher qu'on ait fait en Indonésie et certainement aussi l'un des meilleurs.

Retour à l'auberge, dodo de 3h dans des vrais lits puis début de l'épisode « Au cœur de l'action – Le Bromo ».

*terme indonésien désignant étranger


La jeep attendait nos quatre aventuriers dans la rue. Yudi fumait sa kretek adossé à la portière. C'était une nuit chaude mais il savait que ça ne serait pas le cas là-haut. Il ne portait qu'une chemisette, cela lui suffisait, il avait l'habitude. Le boulot était payé 1 300 000 pour 4 bagages. Prévenu 4h auparavant il avait accepté.

A minuit et deux minutes, le premier bagage traversa la porte de l'hôtel, ça commence. Les trois autres suivaient, il s'agissait de quatre français, certainement tout juste sortis du lit, leurs mines fébriles trahissaient leur manque de sommeil. Après un « hello » souriant et les avoir embarqué, Yudi se mit au volant.

La route est longue mais elle passe vite car nous roupillions par intermittence malgré le faible confort à l'arrière de la jeep. A la première pause, le guide profite de l'éveil général pour nous proposer d'acheter à notre place les billets d'entrée pour le volcan, les locaux payent moins cher que les boulays. Il s'agit d'une petite entourloupe qu'il décrit comme facile et sans risque. Il doit sûrement prendre un petit quelque chose sur la transaction. On lui fait confiance. A l'entrée un garde inspecte la voiture, nous regarde rapidement puis plaisante avec notre chauffeur et nous laisse passer, on comprend mieux le terme « sans risque ». Après quelques pentes raides qui expliquent l'utilité de la jeep, on arrive sur un terrain vallonné avec un sable compacte, nous sommes alors au milieu d'un convoi de jeeps. C'est dans ce ballet de phares combiné aux mouvements abruptes de notre voiture que nous nous sentons pleinement au cœur de l'action. Ce terme, qui au départ décrivait un interview filmé sur le vif, désigne à présent un état d’esprit, celui d'aventuriers dans des conditions difficiles. Il sera utilisé par abus du comique de répétition par nos quatre compagnons pour décrire tout et rien. Comme quoi avec beaucoup de fatigue tout devient marrant.

Nous sommes à H-1 avant le levé du soleil, nous arrivons alors à King Kong Hill, l'un des points de vue. La nuit est froide à cette altitude, l'attente se fait avec un café à la chaleur des braseros. On discute avec nos voisins, un guide et un touriste indonésien. Ils nous offrent des pisang goreng (bananes frites), on parle de la multitude de volcans sur Java. On apprend qu'un volcan près de Banyuwangi, notre prochaine étapes, produit des flammes bleus magnifiques observables la nuit, ça nous intrigue.

4H30. Le ciel devient de plus en plus lumineux, la lumière éclaire progressivement les reliefs. Le mont bromo se dévoile progressivement, son cratère circulaire dégage une grosse fumée épaisse. Les spectateurs sont nombreux mais il est facile de trouver un coin isolé et au calme.

La lumière est maintenant intense et nous réchauffe, la jeep nous amène sur le plat avoisinant le mont. On nous propose des montures (des poneys) pour aller jusqu'au pied du Bromo mais nous déclinons et préférons la marche. L'ascension se fait en suite par un escalier nous emmenant sur la bordure circulaire du cratère. La vue y est magnifique des deux côtés. D'un côté la fumée soufrée se dégage du cratère rocheux, de l'autre on apprécie le paysage mêlant plat aride et reliefs.

Retour à Malang après un petit arrêt à une cascade.

Sur la bordure circulaire du Bromo

Sur la bordure circulaire du Bromo

Signé : Rohan


Banyuwangi – Au cœur d'IJEN

De retour à l’hôtel qui nous avait gentiment proposé de garder nos affaires tout en nous demandant de vider les chambres qui à cette période de l’année sont très vides (mais bon…)

On est donc là avachis sur les bancs de la guesthouse au milieu de nos gros sacs, et on commande à manger.

Dans cet état de fatigue, un professeur d’anglais débarque à l’étage. Il apprend qu’on est français et sans qu’on ait pu en placer une on se retrouve interviewés, filmés par son téléphone. Il nous dit que c’est pour ses élèves, mais nous n’avons pas la force de répondre par plus d’un mot à ses questions. Après 2 prises et 45 minutes de « discussions », toujours sans n’avoir dit d’autres mots, que ‘Ecole d’Ingénieur’, ‘Français’, ou ‘Trompette’, on est sauvé par les gérantes de l’hôtel qui nous apporte à manger.

On peut enfin se ré-avachir, avant de repartir à la gare, direction Banyuwangi en classe economy ; Eh oui on a atteint le niveau baroudeur !

Mais sur les banquettes de 6 personnes on faisait moins les malins. Surtout quand les locaux nous ont dit qu’on aurait 2 heures de trajet en plus car on avait réservé les billets comme des baroudeurs novices.

Arrivés à Banyuwangi à minuit on rejoint notre guesthouse pour notre première vraie nuit sans réveil !

Bilan de la nuit : 10h de sommeil


Ici, tout le monde nous parle du mont Ijen et de ses Blue Fire. C’est l’attraction de la ville et les gens ne comprennent pas trop qu’on soit là sans vouloir y aller. L’idée s’implante dans nos têtes, mais Eve-Line reste convaincue qu’un lit c’est cool.

Il faut payer la chambre, Rohan et moi, les deux sugar daddy de ce road trip partons alors retirer, lorsque qu’une grosse pluie nous force à nous abriter, et devinez quoi … ? Sous le porche d’un Martabak ! Signe du destin nous nous arrêtons le temps que la pluie cesse pour en déguster un aux Oréos.

Lorsqu’on se retrouve à l’hôtel, je demande au gérant de l’hôtel à quelle heure se finirait le tour au mont Ijen ; 10h… Est ce que ça ne vaudrait pas le coup de décaler notre départ pour Bali de 2 heures ? Bim ! On est décidé Adrien, Rohan et moi, on fait une nouvelle fois, une croix sur notre sommeil. On abandonne Eve-Line à Morphée pour monter dans le 4x4 du gérant, il est minuit 30.

Bilan de la nuit : 0h de sommeil


Vers 2h on arrive au point de départ où on rencontre notre guide Biri. La randonnée s’étend sur 3,4 km dont 1,7 km de montée à 4 000 % (au moins), dans laquelle les mineurs de souffre se sont reconvertis en sherpas locaux pour monter les touristes au cratère. De là ils descendent ensuite dans le cratère pour remonter jusqu’à 90kg de souffre. En arrivant vers le sommet du cratère, l’odeur de souffre commence vraiment à nous prendre à la gorge, on met alors nos masques, l’occasion de tourner un épisode d’au cœur de l’action !

Vers 3h on entame la descente vers le cratère, et on peut voir en contrebas les panaches de souffre qui s’élèvent. Arrivés en bas, nous observons ces fameux blue fire, qui sont donc simplement des flammes bleues, mais c’est joli ! On veut les filmer du plus près possible, mais de gros nuage de souffre nous agresse, nous aveuglant et asphyxiant. L’air est chaud, nous sentons que l’environnement est hostile : Nous sommes au cœur de l’action. Pour les guides c’est plus la détente, et alors qu’on se brûle la gorge dans le souffre, eux s’allument leur clopes. On remonte pour observer le lever du soleil, qui laisse apparaître un lac bleu turquoise à l’allure visqueuse, dans lequel des traînées de souffres se dessinent. Le paysage est absolument magnifique, et on oublie toutes douleurs musculaires ou envie de dormir. La redescente est plus rude, on s’endort instantanément en montant dans la voiture.

De retour à l’hôtel, on a le temps de prendre une douche avant de prendre nos sacs pour partir rejoindre les autres à Bali. Johan, le gérant a organisé tout notre voyage en un coup de fil. Résultat nous avons la voiture pour aller jusqu’au bus, qui nous emmène au ferry, qui nous dépose à un autre bus pour aller à Denpasar, proche de chez Nicolas, notre hôte Balinais. Bientôt on retrouvera tout le groupe, pour une des plus belles AG de 3francs6sous, tous en maillot dans la piscine !

Signé : Nicolas


Ce voyage était magnifique, ce voyage était fatigant, ce voyage, c’était le cœur de l’action.

Bastien Muller